Mercredi 3 septembre 2008 3 03 /09 /2008 03:39
TAILLE: 176

POIDS; 55.8


IMC: 18

   Votre poids apparaît insuffisant en regard de votre taille. Cette maigreur excessive peut être la conséquence de maladies, de troubles psychologiques, et elle peut aussi être elle-même à l'origine d'autres maladies entraînant ainsi un cercle vicieux. Il est utile que vous consultiez un médecin afin qu'il constate l'ampleur de l'insuffisance pondérale et en recherche la cause éventuelle. Il pourra également vous faire une proposition de traitement. L'IMC est une méthode fiable pour les adultes de 20 à 65 ans, mais ne peut pas être utilisée telle quelle pour les femmes enceintes ou qui allaitent, les athlètes d'endurance ou les personnes très musclées.


La signification de l'IMC

L'interprétation de l'IMC se fait selon les critères définis par l'Organisation mondiale de la Santé

IMC (kg.m-2)

Interprétation
(D'après l'OMS)

moins de 16,5

Dénutrition

16,5 à 18,5

Maigreur

18,5 à 25

Corpulence normale

25 à 30

Surpoids

30 à 35

Obésité modérée

30 à 35

Obésité modérée

plus de 40

Obésité morbide ou massive


SOURCE:http://www.doctissimo.fr/asp/quizz/visu_form_bmi.asp

Votre situation d'après
la classification de l'obésité et du surpoids chez l'adulte
Selon
l'OMS et l'International Obesity Task Force (1998)Dénutrition grade I



Par ANTONIO MANUEL
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Mardi 2 septembre 2008 2 02 /09 /2008 17:22

Précis le corps, comme une horloge où la douleur tiendrait le rôle de la sonnerie, l'alarme qui avertit, qu'à quatre heures du matin, le corps est assailli par les prémisses d'une effusion, de sang.

Réveillé, torturé par le mal-être d'un abdomen derrière les limites duquel une pesanteur, un déchirement, la conscience d'une brûlure, sentie comme un tiraillement simultané des viscères, persistent après l'hémorragie, refusant l'abandon du sommeil et son inconscience bienfaisante.

Absolutisme du corps imposant au mental les symptômes de la maladie qui le tourmente. Chair et conscience, où suis-je, dans la violente tyrannie du corps mendiant une clémence sans qu'aucune autre conciliation que celle du refus de mon endormissement ne parvienne à réparer un désaccord entre mon corps de souffrances tenaillé, et mon corps d'une gloire tellement incertaine et lointaine, que l'un ne saurait compenser ni même seulement justifier les brimades par l'autre subies.

Dichotomie irréductible d'une hiérarchie verticale où la tête ne pourrait condescendre à accorder un semblant d'attention au corps que gagnée à son tour par un malaise intolérable qui l'oblige à regarder en bas. Comme un voisin dont les excès sonores exigent que vous y remédiez sur le champ.

 

Les quatre-vingt milligrammes de cortisone prescrits et avalés ce matin ont agi. Midi, et depuis une heure ou deux, je peux faire comme si je n'avais pas passer la nuit dans les affres d'une atroce insomnie d'âme condamnée, sanctionnée. Je n'éprouve plus la moindre douleur et mon énergie est celle d'un boxer férocement stimulé pour son prochain combat.

Bien avant ma conversation solitaire en présence de ma psy, ce matin, sous prétexte de la présence dans mon studio d'un document nécessaire, j'ai décidé de revenir chez moi. Et je m'y sens libre d'appliquer ma nouvelle décision de ne plus ou presque plus m'alimenter que d'un quart voire un demi litre de la boisson substitutive médicale recommandée par ma gastro-entérologue, absente jusqu'à la semaine prochaine, en cas de crise inflammatoire de la maladie. Au bout de dix jours à grimacer et à me contorsionner dans des douleurs à vomir, j'ai bien compris que l'apaisement ne me viendrait pas de mon alimentation mais bien de la cortisone, qui m'a si consciencieusement depuis quinze ans corrodé les os.

J'ignore si elle a entendu que je lui expliquais que ma prise de conscience d'un talent d'écriture, dont tout le monde s'accorde à m'affubler, et de son inutilité flagrante face à la demande bien particulière du marché de l'édition, m'amenait à reconsidérer mon existence et à essayer de la justifier. Le bonheur ? Sentiment purement conceptuelle comme la joie,  bientôt le rire et la désinvolture. La réussite ? Ma brillante carrière d'enseignant excellemment noté par sa hiérarchie et promus conseiller pédagogique des jeunes collègues tout juste certifiés, s'est vue pénalisée par l'aggravation de soucis de santé que j'étais parvenu à garder secret durant plus de dix années. Quatre années de congés pour longue maladie, du fait de ma recto-colite hémorragique, m'imposait un reclassement dans l'attente duquel l'écriture s'était engouffrée. Loisir très exigeant et jouissif  mais réclamant un lectorat considérable pour être publiable sans s'autofinancer, ce qui gâche tout l'intérêt et le respect acquis par la sélection de votre livre par un éditeur de qualité. Donc loisir, mais j'ai besoin pour vivre d'une rémunération substantielle. L'idée de la préparation du concours de l'agrégation,  sans évoquer le prestige que son obtention confère, est une tentation qui peut se substituer à la création littéraire, provisoirement. Depuis plusieurs semaines, j'y travaille avec succès. Au moins là, nul besoin d'être appuyé par un artiste reconnu ou une personnalité. L'anonymat est une garantie que le choix effectué par différents enseignants de vous l'octroyer ou non, est dû à votre mérite personnel, votre savoir universitaire et vos compétences didactiques. Une excellente santé est indispensable pour investir toute l'énergie dont on dispose dans cette préparation d'un concours ardu et convoité. Excellent entraînement pour approfondir ses connaissances d'histoire littéraire et les techniques d'écriture cursive, une écriture précise, sobre et élégante, que doivent refléter aussi bien les dissertations  que les explications analytiques de texte.

Fascination persistante pour ce concours, à l'époque de ma maîtrise, déconseillé au profit du capes d'un accès plus aisé pour qui avait un besoin urgent, au bout de cinq années d'études universitaires, de travailler pour subvenir, seul, enfin, à ses besoins.

La résurgence des symptômes de ma maladie, invasifs, épuisants et mobilisant toute mon attention envahie par la douleur et la peur, avait freiné le démarrage satisfaisant, au rythme soutenu et fécond, d'une progression dans la découverte et le débroussaillage des œuvres au programme du concours.

Je rabattis le peu de vigueur laissée par les tempêtes organiques sur l'écriture de mon œuvre personnelle, mon programme, par ma vie même imposé.

 

Seulement quelques heures de répit, d'oubli prompt de la maladie et puis la douleur aiguë se manifeste comme la lame d'un rasoir sur la muqueuse ulcérée de l'intestin. Le sang. L'anémie consécutive probablement. Le cercle infernal de la fatigue qui enlève au corps son pouvoir de résistance, sa force de défense et l'invasion de la pathologie rebelle, toujours plus aguerrie, puissante, nourrie de ma désillusion. Repue du désenchantement grandissant de ma vie.

Peut-être, ont-ils raison les moqueurs ludiques et creux des forums où leur temps s'écoule en réactions d'une molle hostilité et en des attitudes avantageuses où leur ego bien à l'abri s'enfle de la jouissance de médire pour le plaisir. Jouer, se moquer, faire résonner le rire mécanique et grotesque de la farce. Sur du vivant plaquer une amertume acide et vague, l'offensive d'une oisiveté pesante.

Mais quel acharnement à me lire et à citer avec une précision parfois surprenante des passages déjà oubliés de mes textes où leur rancune s'agrippe avec une honnêteté feinte.

Ils sont sans doute mes lecteurs les plus assidus. Je comprends mieux alors, après tout le mal qu'ils se donnent pour dénicher le bois duquel ils feront feu, qu'ils surgissent, hirsutes, sur les forums, épuisés mais ravis de croire détenir le bâtonnet de dynamite qui mettra fin à leur double jeu d'une haine joyeuse, d'une malignité jouissive. Mais de fin de partie, il n'est jamais question. Suspendus au souffle qui m'anime, ils se complaisent dans cette prise de risque unilatérale qui les garde à l'abri de leurs pseudonymes interchangeables et ridicules. Personnage de leur inexistence. Pantin manipulé. Théâtre où leur vie puise l'illusion d'être éminente.

Qu'ils jouent donc ! Qu'ils me jugent et me blâment si c'est là leur seule aventure.

Je ne jauge pas ma vie à l'aune de leur appréciation. Ils peuvent bien me souhaiter chaque jour une mort imminente, ils ne détiennent pas entre leurs mains ce pouvoir réservé aux Parques de couper la trame du récit de nos vies.

Par ANTONIO MANUEL
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Lundi 1 septembre 2008 1 01 /09 /2008 21:12

Je crois qu'il faut admettre enfin, une fois pour toutes, se résigner et se soumettre. On ne peut vivre indéfiniment dans le mépris d'une arrogance pour tout ce qui nous tient lieu de vie en espérant qu'un jour le rêve de l'amour, du bonheur, du battement égal de deux cœurs. Qu'un jour ce fantasme adoré d'une réalité émancipée des lois des déterminations socioculturelles, se substitue imperceptiblement à la fadeur de notre nauséeux quotidien.

Enfin admettre, se résigner, se soumettre à ce que l'on ne sait pas bien comment nommer mais qui enlise notre envol, cet obstacle d'un mur présent bien qu'invisible au bout de soi qui contient la laideur des jours l'un après l'autre, identiques et sans joie, que cette espérance dérisoire ne parvient plus même à éclairer de son halo de lumière fallacieuse.

Car il faut l'admettre et s'y résigner que ces images d'un avenir meilleur n'ont une réalité tangible qu'en introduisant ses mains dans le film projeté du songe sous nos crânes.

Pour ne pas vivre seul, sale, vieillissant et veule, on s'invente une histoire à vivre un jour de gloire qui ne viendra jamais, l'on sait pourtant qu'il faut en accepter l'idée, mais pour ne pas vivre sale, terne, malodorant pareil à un mouchoir hâtivement rempoché après un bref usage, on résiste à l'emphase poussive du présent.

On conserve les limbes de nos si jolis rêves d'adolescents, ceux qui osaient tout espérer, sans limites et sans crainte que nos longues études terminées, la vie puisse nous désenchanter comme un roman de FERDINAND-CELINE. Pourtant les phrases grossières et la vulgarité prosaïque de nos jours, l'un derrière l'autre s'accumulant, ont bien ébranlé le mât de cocagne qui a failli  répandre sur nous le souffle vide de nos espoirs déçus.

C'est sûr, la vie n'est pas du LAMARTINE. Ce serait plus du RONSARD, pervers, flétri, gâteux, se gangrénant, promettant, pour la bagatelle, l'éternité sinistre, d'un portrait tout en dentelles, à une jolie demoiselle, pudique et réticente.

Mais voilà, la vie n'est pas semblable à celle que nous donne à voir la métaphore superbe d'un récit. Elle est toute autre. Plus proche des bâtonnets d'anxiolytiques glissés sous la langue un à un en attendant qu'ils fondent, se délitent et se mêlent à la salive qu'ils épaississent ou avalés d'une gorgée d'eau, plusieurs à la fois.

La réalité des films censurés pour pratique du commerce du sexe ou bâillonnés pour ôter toute voix à la liberté de dénoncer l'injustice, la pauvreté et l'inégalité des pays extrémistes, n'a rien à voir avec ces livres qu'un éditeur voudraient affriolants comme deux jeunes hommes, sur la couverture de ses livres en gros plan, inclinés l'un vers l'autre en l'imminence d'un baiser. Livres censés représenter la vie gay ! Si la gaytitude était cette partie de jambes en l'air perpétuelle, ce débordement des sens en extase continue, tous les hétérosexuels regretteraient de naître hétéros ou de ne pas devenir gays. Ce qui est loin d'être le cas et leur fierté de mâle en rut devant leur femelle domestiquée se révèle clairement dans leurs insultes, leur intolérance et la peur qui les rend hystériques soudain à la vue d'un couple d'homosexuels un peu trop extravertis.

Ma vie est là couchée sagement à mes pieds comme le départ d'un immense tapis de lassitude. Jours étales, jours égaux, semblables au chapelet qu'on dévide pour se rassurer sur son infinitude. Ma vie c'est ce bouquet de ronces défraîchies qui ne m'égratignent même plus.

Plus rien ne m'atteint. J'ai compris la nécessité d'admettre l'impossible défaite du bonheur sur mesure. Mon âme se lamente mais son tourment n'est rien face au silence meurtrier de mon cœur qui prend conscience d'être la cible où mon destin de demi-jour viendra se pendre aux gouttes de sang qui n'auront pas caillé.

Ma rêverie solitaire a pris fin. Je sais que ce sont là mes derniers mots ou presque.

Qu'écrire après ce fiasco d'indifférence où le talent que l'on vous attribue et le don pour lequel on vous loue, ne confèrent pas aux livres écrits l'attrait pour un lecteur supposé aimer ce qu'on a pour lui sélectionné et de laquelle sélection votre ouvrage est exclu.

Je ne me ravis pas d'être vivant. Je ne remercie pas le ciel tous les matins d'être bleu quand autrefois pesaient sur ma tête les nuages plombés d'un ciel d'automne, du début à la fin de l'année. Je ne suis pas enthousiaste : je n'agrippe pas le jour à bras le corps pour une étreinte sensuelle et revitalisante. Je ne suis pas optimiste et le verre pour moi reste indéfiniment vidé de sa moitié.

Il me faudrait la force d'abuser de l'un ou l'autre des remèdes et d'attendre patiemment que le sommeil m'emporte en un aller définitif. Le courage d'accepter l'entièreté de ma désespérance et le poids des sacs d'un ennui éreintant, accroché à moi pour la vie.

Simplement penser que la douleur ne me réveillera pas vers les quatre heures du matin annonçant dans les coups de lames abdominales l'instance d'une nouvelle, de la première, hémorragie du jour.

Plus d'une semaine de souffrance qu'il ne m'intéresse pas de décrire malgré la précision de ses heures d'abondance et les mouvements qui la déclenchent inévitablement. Le sang versé, un goutte à goutte accéléré, s'échappant à gros bouillons et formant rapidement des concrétions d'un rouge épais et cramoisi.

Je ne m'attarde pas. Juste le temps de me rappeler que la nuit sera interrompue de cette façon précise et habituelle depuis plus d'une semaine que la poussée de recto-colite hémorragique, ou une crise inédite de cette maladie de chron nouvelle en laquelle elle aurait muté, a surgi de la quiescence artificielle sans crier gare.

Suavité, douceur, grâce offertes par les mots juste avant l'emportement du sommeil, sans fenêtre sur le rêve. Avant que ma conscience ne se dissolve, impuissante, autre, ailleurs, frappée soudain de cécité, privée d'oreilles et de mémoire, éprouver cet avant-goût de relâchement de la tension de vivre dans l'appel d'un qui ne vient pas. Un avenir, un devenir, un espoir, une attente, un homme, l'autre qui désintègre l'uniformité.

Velours de la peau du fruit défendu, attendu, révéré, prié, par ces mots mêmes ici supplié.

Mes yeux se ferment sur une obscurité dont j'ignore tout de la durée. Sur mes yeux se closent mes paupières : scène d'un théâtre d'ombres aux gestes ralentis. Je laisse ma tête rouler sur mes épaules tandis que ma nuque, tout le haut de mon dos, mes omoplates, se décontractent au contact des ondes annonciatrices d'une fin de veille.

La nuit a allumé partout les signes de son occupation complète de l'espace, cette invasion secrète qui ne nous effraie désormais plus qu'à peine : piège de nos obsessions mais aussi permission d'oser dans le transfert et le travestissement du rêve, le déplacement de ses images investies, le comportement censuré dans l'ordonnancement hiérarchisé du quotidien.

 

 

Par ANTONIO MANUEL
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Lundi 1 septembre 2008 1 01 /09 /2008 08:15

 

Viens ! Mais ne me surprends pas les yeux clos. Dans l'inconscient du sommeil tu m'as pris déjà. Me laissant orphelin de toute image de toi.

Viens ! Immisce-toi dans mon écriture, tous mes mots t'accueillent sans désinvolture. Ils t'ouvrent grande leur signifiance.

Je sais qu'il est une heure, un lieu de toute éternité prédits pour tenter de saisir ton passage, ce rapt de ce qu'est la vie.

Te nommer n'est rien dire de plus que l'ignorance où chacun se trouve privé des vocables précis pour décrire ta beauté outragée, folle, scandaleuse, de point sur le cours d'un scénario. Une baroque fantaisie où l'on pourrait faire se lever tous les jets d'eau mêlés aux flammes, aux artifices, d'un ciel paré pour une apothéose.

Ta monstruosité comme telle n'a pas d'équivalent vivant dans la langue pour laisser s'ébattre et se figer la réalité de ton imminence commune, connue et déniée. Il est plus simple, en effet, de te refuser l'existence puisque lorsque de tes voiles irisés de la poudre précieuse des ailes d'un papillon tu m'enveloppes, à l'instant même je ne puis plus te connaître dans le râle sauvage de ton étreinte vénéneuse. Je te suis livré, délivré, soumis à ton silence resplendissant, au respect que ton mystère impose jusqu'aux rituels sacrés des Eglises. Tu me prends, je m'abandonne dans l'espoir que cet orgasme, le seul définitif, frappé d'une langueur infinie, dont la violence me ravit soudain la vie même qui me fut offerte,

me révèle ta turgescence qui m'emplit de ton corps transparent et m'empale aux ciels de tous les supplices acidulés d'aimer.

Ainsi, je veux te rencontrer. Dans la violence fulgurante de ton baiser empoisonné. De tous les baisers donnés je veux avoir la remembrance magique dans cet ultime accord charnel où l'âme reste à tout jamais invulnérable, inviolable dans son coffret de marbre blanc. Que tous les gestes d'amour me traversent et m'épuisent en un soupir de volupté brûlant comme un éclair la mémoire de m'être ainsi tant de fois donné.

Je refuse ce silence vide et misérable, d'une absence totale de conscience, à jamais perdu. Je refuse cette mainmise de l'angoisse qui force le corps à garder l'opacité d'un viol sous hypnose. Quand tu as dû forcément t'annoncer avec la vélocité d'une hyène se jetant sur une carcasse sans vie. Les battements de mon cœur se sont tus et le tracé de ma conscience active s'est transformé en une ligne lumineuse et hurlante aux oreilles des médecins engagés dans l'urgence de leur lutte inégale contre toi.  Je n'étais plus rien déjà qu'un corps mort, sous les chocs électriques violemment subis, un pantin désarticulé, arqué sous la pulsion d'une vie artificielle. Un pantin désespérément se défilant dans l'eau de son inconscience étale, eau d'une onde mauvaise, d'un plongeon insolite résultant d'une alchimie verbale ratée.

Viens ! Mais fais-moi face, mes yeux grands ouverts. Je veux assister à ton sabbat, ta danse mémorable et fatale.

Je rêve de coller mon corps contre toi dans un désir obtus. Celui-là seul que tu accepteras, de toi seule contre moi.

Viens ! N'oublie pas ma prière post scriptum d'être présent dans ton insolence, la nonchalance de qui se fait fort de vaincre sans devoir lutter. J'ai cédé tant de fois ma vie à l'immensité du ciel. Elle me fut toujours in extremis rendue comme un droit non échu. Je te supplie d'avoir la décence d'épargner à mon corps tes outrages. Que nul ne devine mon enlacement actif, aucun froissement d'ivresse. Que l'enveloppe découverte au matin garde le secret de son bastion ornemental, ce parfum de sanctuaire, d'asile, de refuge où se cachent les racines profondes de mon intimité.

Un texte, c'est si peu pour décrire le ballet qui fait danser nos vies au creux de toi et nous éloigne de ton remous de terre retournée. Pourtant, il en sera de moi comme des autres que ton approche a murés dans un silence ébloui dont le masque mortuaire peint sur le visage des défunts tente d'effacer l'empreinte dans la chair de nos chairs inscrite.

Un texte pour une absente. Des mots pour circonvenir l'indifférente à l'amour, au temps, aux jouissances, à la vie. Tu me pousses là où je ne peux plus fuir. Là où la laideur de certains précipite le déclin du commencement de gloire de mon nom. Je ne me battrai pas pour préserver ma solitude ni ma souffrance. Je laisserai à la vie le devoir de se charger de mon insuffisance. Que les mots me sauvent ou m'enterrent. Que l'écriture joue son rôle de puissance tutélaire qui conduit en terres saintes le génie qui se sait habité par la démence de sa faculté de pouvoir tout signifier. L'ineffable même qui a un terme pour évoquer ce qui ne peut se dire autrement qu'en un aveu d'une impuissance victorieuse. Car évoquer simplement les éthers insaisissables du réel suffit à en rendre compte dans leur totalité de donnée indicible qui néanmoins s'insurge dans la quiétude de la conscience pour y semer le désarroi d'une langue en défaut de combler la vacance d'une absence de clarté que l'intelligence taxe de vanité.

Mais les mots toujours s'inclinent en une fausse humilité devant le réel qui sans eux s'exhalerait en un parfum en souvenir d'autrefois. Ils ont l'omnipotence, la science et l'excellence de qui les manipulent, comme un sculpteur la terre qui prend forme sur le tour, sans craindre de plonger ses mains dans cette matrice qui contient du monde, le début, le nœud de l'intrigue et sa fin.

Immersion régressive in utero où, le clapotis de l'eau des premières larmes dans les yeux, on perçoit les parois de ce nid de faïence où s'est abritée notre naissance. Un microcosme à l'image de l'univers dans lequel l'amour va nous expulser, hors de cette prison de chair, où se vivait l'illusion d'être partie intime d'un tout.

Et commence la chorégraphie subtile qui frôle sans cesse le danger du baiser qui pétrifie la vie. Mais c'est dans cette alliance d'amour, de mort et de vie que l'existence se savoure dans la conscience d'un interdit que l'on transgresse à l'infini.

La mer au-dedans de soi désormais disponible à l'oreille comme le chant vaste d'un coquillage, laisse monter et descendre ses marées qui volent entre les doigts de pieds le contact soudain déstabilisé du sable se dérobant sous la plante de nos pieds. L'on se laisse alors prendre chaque fois plus de sable jusqu'à la chute humide et molle sur ce lit de roche immergée concassée en une multitudes de perles inégales, minuscules comme les atomes visibles d'un astre broyé en des fragments de matière innombrables.

La mer entrée en soi comme la certitude des mondes réconciliés dans les bras de l'univers immense. Plus de cordon qui nous relie au placenta d'une nature qui nous comble. La satiété enfin acquise comme la certitude heureuse d'avoir regagné son royaume après un long exil.

 

Par ANTONIO MANUEL
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Dimanche 31 août 2008 7 31 /08 /2008 06:01

Je traverse la nuit, côtoyant les étoiles, comme l'équilibriste de Genet défiait la pesanteur en joignant les deux extrémités d'un songe. Pour que le jour ne se levât jamais sur la chute cruelle d'une espérance. Sur les membres défaits de s'être cru un ange.

Dans le cachot de la colonie, ma geste m'a conduit : vol, fugue, évasion vers le mystère d'une réalité tellement plus belle que cet exil pénitentiaire où j'ai fini d'apprendre que je suis moi : le poète de l'ignoble, l'écrivain de l'immonde, parés pour une célébration verbale.  L'encenseur du sordide, écarté du réel par une société qui ignore que la beauté peut être n'importe où.

Moi, le premier de ma commune au certificat d'étude primaire, le surdoué, le génie de l'écriture qui ne se doute pas encore que le scatologique et l'obscène, le sang, la salive, le sperme et les morpions conservés en mémoire de l'aimé, acquérront droit de cité au panthéon des lettres où JEAN COCTEAU et JEAN-PAUL SARTRE m'intronisent déjà.

Mais de menus larcins en vols plus importants, je vais de prisons en prisons où mes différents arrêts me laissent le temps de me souvenir de ce que fut l'essence difficile de ma vie, d'accumuler cette matière abjecte, cette réalité hideuse, cette l'aideur prosaïque, que mon imagination,exercée à ne plus voir de l'ignominie, que l'on m'a imposée, que la beauté hyperbolique et baroque, transforme en une poésie rugueuse, où la phrase célèbre, en une langue épaisse et travaillée, comme le bijou qu'un orfèvre souhaite unique, pour l'offrir à la seule personne qui importe, le nauséabond, l'odieux, l'ordurier.

Je ressemble en cela à la mère d'un récit de VIAN qui conservait pieusement la nourriture laissée par ses enfants afin de s'en délecter une fois décomposée, dégradée et corrompue, recouverte d'une putréfaction précieuse. L'amour absolu me voue à l'adoration de tout ce qui, vil, altéré, vicié, vous donnerez la nausée si je n'étais pas devenu cet expert de l'art de magnifier la pourriture, de revêtir la charogne d'un manteau de poésie qui la rend désirable comme un morceau de choix.

N'est-ce pas le comble du génie que d'assumer avec un art inégalable une fatalité qui tient sa détermination du décret de mon asociabilité ?

Ma vie est comparable par bien des aspects à celles de GIDE, DE WILDE ou  de MISHIMA.

Une revendication anti-sociale et libertaire où ma vérité est brandie comme le symbole de l'opprobre que je subis.

Incarcéré injustement pour avoir aimé un jeune homme dont le père désapprouvait l'homosexualité. Ce qui entraîna mon exil en France et ma mort dans la déchéance, la solitude et la misère, non sans avoir appris, dans ma prison de Reading, que du pire crime l'on peut composer le plus beau des poèmes que le pardon absout en proportion de son degré de gravité.

Mort par l'amour, de moi en vérité, ce double peint en une alliance diabolique qui me rappelle que de la beauté de celui pour qui je fus incarcéré, après ma mort, il ne doit plus rester, aujourd'hui, que la monstruosité repoussante de son cadavre inhumé. Quand, moi, je demeure, à tout jamais, le dandy dont l'art commua la beauté en un geste d'oblation existentielle à la lâcheté de l'homme qui m'abandonna pour un long voyage en Europe, me laissant croupir dans la geôle où m'avait précipité notre amour.

Frêle adolescent, mais jeune homme athlétique, je décidai à Vingt-quatre ans de mettre bas le masque et dans un Japon traditionaliste et phallocentrique, de dévoiler mon homosexualité dans une confession qui me rendit célèbre, exhaussant ma fascination pour la mort et mon inclination pour l'hyperbole au rang d'art consommé et vénérable. La dualité de mon existence, marié dans la réalité du quotidien et fasciné par le corps masculin dans celle, transcendante, de l'art, concourut à l'accomplissement du geste ultime et réconciliateur de la fiction de ma vérité, décrite dans mon œuvre éternelle.

Moralement brimé, harcelé par mes pulsions sexuelles, forclos au sein de moi par la notion acquise du bien et la spontanéité jouissive de ma nature, un périple en Tunisie et en Algérie m'enseigna opportunément que le devoir de tout homme est celui de se préoccuper de son bonheur. La rencontre du jeune Marc Allegret, à presque quarante ans, et la publication de CORYDON, font de moi, en ce début frileux et homophobe du vingtième siècle, le combattant hardi d'un immoralisme dont ma vie est le miroir et le paradoxe. Mais la saveur des nourritures terrestres, bien que j'invite le lecteur de mes livres à s'en détourner, en un mouvement de célébration bachique du monde, ne m'écartera jamais d'un art qui porte témoignage de ma libération, sous le regard interloqué d'une société que je défie sans crainte.


Cependant, je ne suis ni GIDE, ni MISHIMA et, si j'ai osé confondre le « je » de mon écriture avec la plume géniale de JEAN GENET, c'est juste parce que l'amour me rappelle mon adolescence enfiévrée de passions incandescentes et chastes et les lectures des auteurs qui alimentèrent,  alors, ma flamme inextinguible.

Dans la course d'une existence, les rencontres sont nombreuses. L'on est donc forcément amené à y effectuer un tri. Les livres ne m'ont jamais trahi. GIDE, GENET, MISHIMA et bien d'autres, m'ont délivré le secret toujours tu de leurs incantations magiques. A les fréquenter si souvent, j'ai surpris ça et là quelques bribes d'une formule, les ingrédients partiels d'une potion dont la lecture et l'écriture seules nous gratifient, parfois, au terme d'une ascèse à la durée variable pour chacun.

L'amour est un ferment actif de cette transformation du lecteur en auteur. Il est le levain qui de la pâte de nos lectures et de nos vies fait se lever une écriture qui retomberait comme un soufflet raté si nous ne nous en emparions pour la faire nôtre, au juste moment de sa fermentation.

( ... ) 


 

Par ANTONIO MANUEL
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Dimanche 24 août 2008 7 24 /08 /2008 06:53

( ... )

C' est ainsi je crois qu'il faut vivre : ailleurs, loin, absent.Dans la solitude apaisée du silence. Dans l'amour de ce silence où j'assiste à la naissance de l'aimé. Quelques lignes, quelques mots pour le faire exister. Rêver, fermer les yeux pour qu'en moi le miracle s'accomplisse de le laisser être tel qu'il ne sera jamais. Le laisser m'envahir, m'investir, circonvenir toute la rigueur de ma vacuité. Pour qu'il m'aime encore comme autrefois j'aimais si fort.

( ... )

Ouvrir les yeux et accepter d'être aveuglé par la lumière du jour incandescent qui jette sur le réel la salissure d'un lendemain de fête. Admettre ma déraison, l'égarement de ma conscience, la solitude de l'écriture et le blanc des murs, dans la hâte et l'avarice, habillés de chaux.

( ... )

M'enfermer dans cette pièce où je ne suis pas. Renoncer à ce rêve si précautionneusement bercé jusqu'à présent. Ne plus souffrir de n'être rien. D' exister seul et sans amour. Oublier qu'un jour il m' a écrit. L'oublier. L'amour aussi s'oublie et tous ceux-là que l'on a cru aimer.

( ... )

Et s'il venait à disparaître, à me manquer ? Si par malheur j'avais tout gâché de cette idylle qu'il me suggérée ingénument ?

J'ai toujours été capricieux, impatient. Mais si ces pas que j'entends étaient les siens ?

N'ai-je pas le devoir de lui laisser le temps de m'approcher ?

Il m'a bien fallu les longs jours d'une gestation pour que se déploient les ailes de la chrysalide que je croyais morte pétrifiée, au fond de moi, comme une fleur fanée.

Il doit donc pouvoir  lui aussi inventer notre histoire.

Pour aimer sans être la dupe de soi-même, il est nécessaire d'être deux. Ce sera donc un récit à deux voix. Sa voix et ma voix mêlées. : la beauté de son exubérance d'exister et mon audace d'essayer.

J'y croirai tellement fort qu'il ne pourra faire autrement qu'être le partenaire de ma vie ressuscitée par le charme et le mystère de sa voix assoupie dans tous ses livres clos. Mais ouverts tant de fois pour l'entendre et voir le monde à travers son regard posé comme celui d'un enfant émerveillé de découvrir un pays étranger.

( ... )

L'évocation de cette tragédie, de ce deuil amoureux, je les lui offre en hommage à la force d'aimer. En témoignage de l'impensable tourment, de la détresse incommensurable de qui se voit désuni de l'autre aimé.

Cette oblation suffira-t-elle à l'émouvoir ? Le néant de ma vie sans lui n'est-il pas assez signifiant ?

Je peux apprendre à voler s'il le veut. Être l'oiseau que vous apercevez au creux du ciel, lançant son douloureux appel à celui qu'il aime.

Je pourrais mourir aussi. Mourir aussi, comme elle, comme tant d'autres avant moi. Mais comment pourra-t-il aimer un mort ? S'inclinera-t-il, désemparé, sur mon corps décharné que la vie a quitté ?

Pourquoi mon cœur me contraint-il toujours à imaginer le pire ? Mais qui sait si abandonner ce monde est le plus grand des châtiments ? La cause ennoblit-elle notre départ ? Le fait d'exister mérite-t-il qu'on lui sacrifie sa vie ?

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Par ANTONIO MANUEL
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Samedi 23 août 2008 6 23 /08 /2008 22:41
BONNE NUIT A VOUS TOUS QUI ETES DE PLUS EN PLUS NOMBREUX CHAQUE JOUR A ME LIRE ET A VOUS DEMANDER SANS DOUTE QUI EST L'ECRIVAIN CELEBRE QUI M'A ECRIT CES MOTS EQUIVOQUES...
BONNE NUIT AUSSI A MES QUATRE FRERES QUI SEMBLENT IGNORER QUE JE SAIS DECROCHER UN TELEPHONE POUR PEU Q'IL SONNE...
MAIS JE NE LEUR EN VEUX PAS. JE NE FAIS PAS VRAIMENT PARTIE D'EUX, DE LEUR QUOTIDIEN, LEURS PREOCCUPATIONS. ET PUIS IL EST SI FACILE DE M'OUBLIER, DE NE SE RAPPELER MON EXISTENCE QUE PARCE QU' ILS ONT PENSE A APPELER MA MERE ET QUE PAR ASSOCIATION D'IDEES ILS SE SOUVIENNENT QUE JE SUIS NE DE CETTE FEMME LA  MOI AUSSI, COMME EUX...
D'AILLEURS JE M'APPLIQUE EGALEMENT A OUBLIER QUE J'AI VECU AUTREMENT QUE DANS LA MEMOIRE DES MOTS QUE J'AI ECRITS.
ALORS POUR CETTE FOIS-CI, BONNE NUIT A TOUS, SANS EXCEPTION.

ANTONIO MANUEL
Par ANTONIO MANUEL
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Samedi 23 août 2008 6 23 /08 /2008 07:57

A ma sortie de l'hôpital, je ne pesais plus que cinquante et un kilos. Les restrictions alimentaires, nécessitées par les deux coloscopies en l'espace de douze jours, et leur préparation drastique respective, m'avaient fait perdre deux kilos.
( ... )
J'étais alimenté exclusivement par un mélange nutritif complet, sous la forme d'une poudre à diluer dans l'eau, prescrit par ma gastroentérologue, destiné aux patients atteints de la maladie de crohn. Cette alimentation substitutive me permit de reprendre quelques kilos puisque je devais en boire, au minimum, l'équivalent de deux mille calories par jour. Une partie de ces calories avait pour rôle de cicatriser les plaies de mon intestin. Je me sentais alors réconcilié avec moi-même, serein.
( ... )
La diminution des doses de cortisone occasionna une récidive des symptômes de la maladie. Les doses furent par conséquent maintenues à un dosage qui, un régime sans résidu ayant succédé à la nutrition orale par le mélange spécifique provisoire, commença par m'affamer puis me fit basculer de nouveau dans la boulimie.
( ... )
Durant une semaine, comme hypnotisé par une faim inextinguible, obsédé par sa satisfaction, j'alternais, jusqu'à trois ou quatre fois par jour, l'hyperalimentation et les régurgitations successives. Ca ne pouvait continuer de la sorte, si bien que je décidai de pratiquer un jeûne d'une journée qui stoppa les crises. Malheureusement, la reprise du régime sans résidu le lendemain balaya la rémission de vingt-quatre heures.  Las, je m'astreignis à un nouveau jeûne de plusieurs jours au terme desquels je retrouvai mes habitudes destructrices passées.
( ... )
Je n'étais pas sans ignorer, et ma sœur se chargeait de me le rappeler, que c'était justement cette anarchie alimentaire et médicamenteuse qui avait contraint ma gastroentérologue à m'hospitaliser, face à une inflammation record, allié à une sérieuse anémie et un état de dénutrition avancé.

Je suis là néanmoins, dans la nuit précédant l'aube, à pianoter sur mon clavier dans l'espoir paradoxal que tout cela va prendre fin bientôt. Espoir absurde qu'en me privant d'une nourriture saine et adaptée à ma maladie, en multipliant les anxiolytiques, les somnifères et les antidépresseurs, abusant du thé et du café, de la vitamine c, des stimulants, j'atteindrai un objectif indéfini, un épanouissement de mon être qui doit inévitablement passer par cette épreuve initiatique, cette ascèse qui ignore toute logique cartésienne. Traverser une mer/e démontée, lutter en vain contre les flots déchaînés et l'écume bouillonnante, périr noyé et rejoindre au fond, tout au fond des eaux, le silence apaisé, à peine troublé par le rythme des courants profonds.
Par ANTONIO MANUEL
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Vendredi 22 août 2008 5 22 /08 /2008 06:08

Tout m'est égal. Je suis heureux. Que l'on me laisse me bercer de doux songes. Manger. Ne pas manger. Dormir ou bien veiller des nuits entières. Ecrire. Que l'on me laisse écrire le bonheur inventé qu'il me reste.

Je ne savais plus. J'ignorais que cela pût advenir. Il me semblait que l'amour provoquait la fin du rêve de l'écriture. Un amour heureux, cela ne se raconte pas. D'ailleurs qu'en dire ? Dois-je reconnaître que la passion qui m'anime est singulière ?

Il est vrai que je ne suis pas un amoureux ordinaire. ( ... )

Non, mon amour ne me manque pas. Il est en moi, saturé de plus d'informations sur celui que j'aime que jamais aucune confidence d'aucun de mes anciens amants ne fut plus exhaustive.


Quel qu'il soit, son existence et son absence rendent possible l'écriture de ce texte. Il est pour lui. Il est à lui. Don modeste et respectueux que j'adresse, à travers les frontières des jours et des heures, des régions, des pays peut-être, à l'être qui soudain, merveilleusement, a su enchanter ma vie. Qui pourrait se prévaloir d'avoir si intimement flirté avec la mort et de ne s'être jamais retourné pour qu'enfin, guidé par la main de l'aimé dans les obscurs souterrains de l'Hadès, il surgisse à la lumière d'une aube éblouissante ? Voilà ce qu'il m'arrive. Une renaissance. Le pouvoir d'avoir conservé en moi suffisamment d'espoir et de certitude, d'amour, de sorte que du plâtre des cendres blanches, je me relève un peu plus aguerri. Heureux. Amoureux. Je suis incapable d'accorder à l'amour la primauté sur le bonheur ou inversement. La joie de vivre a puisé sa raison d'être dans la subtile jouissance d'aimer. Dans une parfaite simultanéité. Jouissance et joie mêlées.

( ... )

Mais qu'il est doux de vivre au rythme du silence fécond de l'écriture. C'est elle qui m'a conduit à lui. C'est elle qui diapre mon approche des mille feux de ses atours.  Je lui confie l'essence même de mon être ici et maintenant. Le jeu consiste alors à ne pas prendre le risque de trahir le moi. Rester fidèle au « je ».

( ... )

Que peut-il bien faire à cette heure avancée de la nuit ? Où peut-il bien être ? Ce ne sont là que les questions ordinaires qu'un amoureux transi se posent en l'absence de l'aimé. Dans la situation décrite, elles ont quelque chose d'incongru. D'indiscret. De quel droit est-ce que je m'arroge le privilège d'être inquiet du sort d'un homme pour qui je ne suis rien ? Même s'il est tout pour moi ? Cet envahissement de ma vie que la sienne chevauche n'est-il pas une dérogation qui m'autorise ce genre d'attitude : s'inquiéter pour l'autre aimé ?

( ... )

Il va me falloir être vigilant maintenant que le doute s'est immiscé dans l'écriture. Je vais devoir traquer l'univers virtuel où je l'ai rencontré, en quête de la moindre information susceptible de supposer l'existence de cet autre qu'il aimerait de façon réciproque. Errer de place en place, indiquées par la simple mention de son nom sur le moteur de recherche du P.C., afin d'y découvrir ce que je devrais redouter : son alter ego, le partenaire de ses joutes amoureuses, celui ou ceux-là dont il évoque le désir qu'ils suscitent en lui à maintes reprises dans ses récits. Mais l'autre nous appartient-il jamais ? Ne sommes-nous pas contraints d'affronter notre solitude ontologique alors même que nous partageons le cœur et la vie de celui qui a choisi de cheminer à nos côtés ? Plus ou moins longtemps.

( ... )

 


Par ANTONIO MANUEL
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Jeudi 21 août 2008 4 21 /08 /2008 07:51

Aucune science, aucun savoir ne nous secourt lorsque l'amour nous prend.

Il y a des années que je n'ai pas aimé. J'avais fini par croire que cette passion était à ranger dans les coffres de mes souvenirs d'adolescence et de jeunesse. Aimer à quarante ans : je ne m'en sentais plus la force, ni l'envie. Mes relations passées m'avaient échaudé et laissé comme un marbre froid. Quel homme serait-il capable d'insuffler dans mon existence la grâce, l'innocence, l'imprévisible sentiment qui pourtant chemine insensiblement avant sa prise de conscience. Etourdi. Stupéfait que ça puisse m'arriver à moi. A moi aussi. A moi encore.

Je ne le connais pas. Ou si peu...Je lui ai écrit à la suite de la lecture d'un de ses récits.
( ... )
A ma très grande surprise, il me répondit. Un courriel chaleureux. Quelques lignes, tellement justes, en réaction à l'analyse succincte et superficielle de son livre, enthousiaste, que j'avais osé lui faire parvenir. Il évoquait l'évidence de ce qu'il nomma ma « voix » et m'encouragea à la mettre au service des causes qui me tenaient à cœur. Il se déclara très intéressé et attentif aux textes publiés sur mon blog. Rien ne l'avait contraint à écrire cela, ces mots précis que je retins aussitôt alors que ma mémoire me fait si souvent défaut. Il se révélait humble et vivant tel que je me l'étais représenté au long du récit contant son difficile et fascinant apprentissage existentiel. Fascinant parce que son écriture l'était. Et j'identifiai sans peine, dans les quelques lignes dont il m'avait gratifié, le style avec lequel, dans mon esprit, il ne faisait qu'un.
( ... )
Je voulus mieux le connaître. Je ne voulais pas quitter sa vie, ses rêves, son histoire.
( ... )

Mais c'était bien lui de son premier récit au dernier. Fidèle à ce style concis, au lyrisme retenu, l'émoi toujours affleurant, l'ineffable jalousement préservé dans l'interruption expressive des trois points de suspension. L'amour au bord du vide. Le regret proustien de constater la béance du texte au moment même où la révélation de tous les mystères allaient pouvoir être lue.

De ce trou de silence, de cette absence de mots, de ce gouffre où l'imaginaire était libre de s'ébattre, je m'épris dans l'instant. 
( ... )

je reçus de lui un courriel étrange. Quelque chose avait changé dans sa façon de m'écrire. Comme une barrière qui cède. A mon amour, certainement deviné à travers mes phrases malhabiles à cacher ce qui se faisait progressivement jour en moi, à mon insu, fit écho l'évocation d'un rêve, d'une réalité fantasmatique et fabuleuse. Le temps était comme celui du conte : indéfini et sans aucune importance. Il me parlait. Il m'appelait par mon nom et le rêve et l'amour se mêlaient, ailleurs, autrefois, bientôt.

( ... )

Par ANTONIO MANUEL
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